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Archivage séminaires 2018-2019

9 octobre 2018

Lundi 24 septembre

Elinor Ochs, UCLA.
« What Narrating Potentiates »

Résumé
This talk probes how narrators configure puzzling experiences into logics, how a desire to understand specific experiences is often cut off by a desire for culturally coherent explanation. Alternatively, once a narrative is underway, narrating itself can lead to a phenomenological ‘clearing’ (Heidegger 1947) to experience revelations and realizations about life experiences. Across corpora of narratives that I have collected, one intriguing feature seems particularly potent in this respect - the granularity of event descriptions. I hope to draw us into an interesting exchange along these lines.

Lundi 8 octobre
Frederic Landragin, laboratoire LATTICE, UMR 8094 ENS-CNRS.
« La référence et les chaînes de coréférences : undéfi pour la
modélisation linguistique, l’annotation manuelle de corpus et le
traitement automatique des langues »

Résumé
Annoter à la main les expressions référentielles et les chaînes de
coréférences présentes dans un texte pose de nombreux problèmes
linguistiques, conceptuels, méthodologiques et techniques. C’est
pourtant un préalable nécessaire à l’analyse linguistique de ces
phénomènes, à l’obtention de statistiques sur leur répartition et
constitution, et à la conception, par apprentissage artificiel, de
systèmes de détection automatique. Cette présentation fait le point des
réflexions linguistiques et des avancées méthodologiques et techniques
du projet ANR DEMOCRAT, « Description et modélisation des chaînes de
référence : outils pour l’annotation de corpus et le traitement
automatique des langues » (http://www.lattice.cnrs.fr/democrat/). Nous y
détaillerons les étapes qui ont amené à l’obtention d’une méthode
d’annotation manuelle des expressions référentielles et des chaînes de
coréférences dans des textes écrits de genres variés.Nous montrerons
comment la linguistique de corpus outillée permet d’envisager des études
à la fois linguistiques et statistiques de ces objets d’étude, et nous
présenterons quelques-unes des pistes suivies actuellement pour la
conception de systèmes de détection automatique des chaînes de coréférences.

Lundi 15 octobre
« Avoir 10 ans au Camp de Rivesaltes. Dire son parcours », Laboratoire PRAXILING, UMR 5267, UPVM-CNRS.

Résumé
Praxiling a rejoint en 2017 l’équipex MATRICE, dirigé par Denis Peschanski. 82 témoignages de personnes internées au camp de Rivesaltes ont été recueillis dans le cadre de cet équipex, entre 2007 et 2014. À partir d’un échantillon du corpus (les témoignages de cinq réfugiés espagnols et de cinq déportés juifs), les participants de cette journée d’études développent une approche ancrée en analyse du discours.

14h00-14h30 : Corinne Gomila. Dires de mémoire : étude de quelques verbes du souvenir et de l’oubli
14h30-15h00 : Agnès Steuckardt et Ysaline Haas. Mots d’autrefois, mots d’aujourd’hui : boucles réflexives
15h00-15h30 : Agata Jackiewicz. Dire son vécu et l’expliquer : rôles de la causalité
15h30-16h00 : Francesca Frontini. La dimension spatiale dans les témoignages : annotation automatique des lieux du corpus
Pause
16h30-17h00 : Giancarlo Luxardo. Récits de vie. Rapports dialogiques entre générations
17h00-17h30 : Aleksandra Nowakowska. Quelques marqueurs dialogiques dans le récit de souvenir traumatique
17h30-18h00 : Sascha Diwersy. La parole autre en rétrospective - Analyse textométrique des marques dialogiques dans les témoignages des anciens détenus dans le camp de Rivesaltes

Lundi 19 novembre
Marcia Romero, Université Fédérale de Sao Paulo (UNIFESP), Brésil
« Invariance, figure notionnelle et principes de variation linguistique »

Résumé
Notre discussion apporte une réflexion sur les concepts dʼinvariance et de figure notionnelle qui se trouvent au fondement de l’activité langagière selon la Théorie des Opérations Prédicatives et Énonciatives et sur leurs contributions à la formation des structures cognitives soutenue par une approche de la production-reconnaissance des sens au travers des formes verbales. Pour cela, nous proposons une analyse des données articulant une caractérisation invariante de l’identité sémantique de deux verbes en portugais brésilien à des principes réguliers de variation, les verbes ACABAR (finir, se terminer, épuiser etc.) et PARTIR (partir, casser, rompre etc.). Ces principes, fondés sur un jeu réglé entre deux niveaux, le niveau notionnel, d’ordre cognitif, et le niveau linguistique, où l’on a production-reconnaissance des formes (des énoncés), sont responsables pour des phénomènes attachés à l’auxiliarité (verbe principal-verbe auxiliaire) ou à la rection verbale, parmi d’autres phénomènes que nous cherchons également à expliquer. Les énoncés qui illustrent notre propos, provenant des sources primaires et secondaires, intègrent la Banque de Données Lexique et Énonciation (Projet de recherche financé par la Fondation d’Appui à la Recherche de l’État de São Paulo – FAPESP, 2013-07572-0).

Lundi 17 décembre
Corinne Gomila, laboratoire Praxiling UMR 5267 UM3-CNRS
« L’épilinguistique et le métalinguistique dans le discours didactique sur la langue. Etude de quelques » on dit «  »

Résumé
RA l’appui des travaux fondateurs d’A. Culioli, de J. Rey Debove et de J. Authier Revuz, il s’agira tout d’abord de questionner la partition épilinguistique vs métalinguistique dans le discours didactique : les traits distinctifs habituellement proposés - inconscient/conscient, courant/spécialisé, non codé/codé - restent-ils opératoires en contexte scolaire ? Le discours sur la langue et le langage y est-il systématiquement métalinguistique ou participe t il aussi de l’activité épilinguistique ? Et si oui, sous quelles formes méta énonciatives cette activité se manifeste-t-elle ? S’agit il plutôt de glose, de reprise, de reformulation ou de formes de modalité autonymique ? Que dire du discours sur les mots de l’enseignant et des élèves quand il se fait de façon spontanée, non codifiée au fil des échanges ? Le recours au métalangage « naïf » est il alors la trace spontanée d’un discours épilinguistique ou au contraire la marque délibérément dialogique d’un discours métalinguistique ajusté à l’entendement des élèves ?
L’étude portera ensuite sur un énoncé définitoire typique du discours scolaire introduit par le segment on dit … et ses variantes on dira…, on dirait… dans un corpus constitué de plusieurs séances de classe de primaire allant de la maternelle au CM2. L’emploi de l’introducteur est singulier dans ce contexte didactique car, comme on peut le voir dans l’exemple suivant, on dit participe d’un discours sur la langue -il s’agit bien de définir le sens du verbe s’émerveiller qui repose sur la représentation des emplois du mot en question : on dit qu’on s’émerveille.
E […] quand on voit quelque chose c’est très beau on dit qu’on s’émerveille ça veut dire que c’est vraiment très très beau

La définition passe ici par la monstration des usages de la communauté discursive, proche en cela d’une zone repérée par J. Authier Revuz (2004 : 38) : « la zone d’un discours sur la langue comme somme d’usages […], où - via le » on « - émerge une représentation de la langue comme »discours autre du on«  ».
Après avoir répertorié les énoncés du corpus introduit par on dit et ses variantes, l’étude analysera leurs caractéristiques morphosyntaxiques, leurs propriétés sémantiques et leurs spécificités énonciatives - de la question du on à l’hétérogénéité montrée de l’énoncé, avant de voir en quoi ce type d’énoncé définitoire est essentiel au bon fonctionnement du discours didactique.

Bibliographie
Authier-Revuz J. (2004) « La représentation du discours autre : un champ multiplement hétérogène », Juan Manuel Lopez Munoz, Sophie Marnette et Laurence Rosier (éds), Le discours rapporté dans tous ses états, Paris, L’Harmattan, p. 36-53.

Culioli, A. (1979), « Conditions d’utilisation des données issues de plusieurs langues naturelle », Modèles linguistiques, I -1, 1979, p.89-103.

Gomez jordana S. et J. C. Anscombre J. C. (2015), « Dire et ses marqueurs », Langue française, n°186, Paris, Larousse.

Rey-Debove, J. (1997) : Le Métalangage. Paris, Armand Colin.

Rouanne L. Et J. C. Anscombre, (2016), Histoires de dire : petit glossaire des marqueurs formés sur le verbe dire ", Bern, Peter Lang.

Lundi 11 Février
Jacques Bres & Christel Lebellec, laboratoire Praxiling UMR 5267 UM3-CNRS
« Du participe passé dans les constructions passive et analytique du français »

Dans un précédent travail (Bres et Le Bellec 2017), nous avons développé l’hypothèse que le participe passé (désormais p.p.) saisit, en un point de référence R, le temps interne du procès au terme de la phase processuelle, sur la borne terminale Et de l’intervalle du procès : [R = Et].

Nous analyserons dans cette communication le fonctionnement du p.p. dans la construction du passif périphrastique (Corinne est aimée plus que de raison) en le comparant au fonctionnement du p.p. dans la construction des temps analytiques (Corinne est venue). On tâchera de répondre aux questions suivantes :

  • Comment se fait-il que le p.p. soit partie prenante de ces deux constructions qui ne relèvent pas de la même catégorie grammaticale : de l’aspect pour les formes analytiques, de la diathèse pour le passif ?
  • Comment se fait-il que la même structure [être + p.p.] puisse réaliser la forme analytique des verbes « inaccusatifs » (Corinne est venue) ; et le passif des verbes transitifs (le repas est servi) ? Nous verrons notamment que être, auxiliaire dans les temps analytiques, est copule dans le passif.
  • Comment se fait-il que le p.p., impossible en emploi nu incident au prime actant des « inergatifs » (*Corinne dormie,) et des transitifs (*Corinne chanté), entre dans la construction analytique de tous les verbes, y compris les verbes inergatifs (Corinne a dormi tout le jour) et les verbes transitifs (en incidence au prime actant) (Corinne a chanté le Chant des partisans) ?
  • Comment se fait-il que le passif périphrastique au présent, suivant le contexte, puisse signifier le procès résultativement (À table ! le repas est servi !), ou processivement pour les téliques (le repas du soir est servi à 20h) ; et que cette distinction ne soit plus pertinente pour les atéliques (Aigues-Mortes est entourée de remparts) qui représentent le procès seulement processivement ?
  • Le p.p. est-il lui-même de sens passif dans la construction passive, comme le prétendent la plupart des grammairiens et des linguistes ?

Références bibliographiques

Apotheloz D. (2016), Sémantique du passé composé en français moderne et explorations des apports passé composé / passé simple dans un corpus de moyen français, Cahiers Chronos 28, 199-246.
Azzopardi S. et Bres J. (2017), Le système temporel et aspectuel des temps verbaux de l’indicatif (en français), Verbum, XXXIX, 1, 71-112.
Benveniste E., 1959 / 1966, Les relations de temps dans le verbe français, in Problèmes de linguistique générale, Paris : Gallimard, 237-257.
Benveniste, É. (1966) [1960]. Actif et moyen dans le verbe. Problèmes de linguistique générale. Paris : Gallimard,168-175.
Bres J. (2010). Polysémie ou monosémie du passé composé ? Actualisation, interaction, effets de sens produits. In : D. Stosic, N. Flaux, C. Vet (éds), Interpréter les temps verbaux. Bern, Berlin, Bruxelles, Frankfurt am Main, New York, Oxford, Wien : Peter Lang, 161-180.

Eric Mélac, Université Paul-Valéry Montpellier 3 département LLCER
« La classification des changements linguistiques : comment redéfinir la grammaticalisation ? »

Résumé

Comme le reconnaissent Narrog et Heine dans leur introduction du Oxford Handbook of Grammaticalization (2011), la grammaticalisation est loin d’être un «  concept uniforme  », et «  de nombreuses définitions en ont été proposées  ». Une partie des controverses liées à cette notion s’explique par l’absence de consensus sur les critères qui permettent de distinguer le lexical et le grammatical. Quels que soient les critères adoptés, une vaste zone grise demeure, ce qui a conduit des auteurs comme Newmeyer (2000) ou Campbell (2001) à concevoir la grammaticalisation comme une notion épiphénoménale, qui recouvre différents changements linguistiques, eux-mêmes autonomes. Cependant, la littérature sur la grammaticalisation a pu faire émerger des principes propres au passage d’une forme lexicale à une forme grammaticale. Le principe d’unidirectionnalité (Lehmann 1995, Ziegeler 2004, Haspelmath 2004, Prévost 2003) connaît par exemple quelques exceptions (voir notamment Norde 2000, 2009), mais se confirme néanmoins dans la vaste majorité des cas. Il est en effet très rare qu’une forme grammaticale fasse chemin arrière pour redevenir une forme lexicale. Par ailleurs, lorsque l’on observe l’évolution sémantique qui accompagne le principe de grammaticalisation, on constate également que tous les domaines sémantiques ne sont pas représentés par des formes grammaticales. La grammaire encode des domaines sémantiques qui sont typiquement schématiques, tels que la temporalité, la direction, ou la causalité. Dans aucune langue du monde, on ne trouve d’auxiliaire, de flexion verbale, de déterminant ou de conjonction qui fasse référence à la faune, à l’anatomie ou aux couleurs. C’est typiquement par un processus de lexicalisation que les locuteurs adoptent de nouveaux outils linguistiques qui permettent de désigner des entités concrètes et spécifiques.
Des décennies de débat sur la grammaticalisation ont permis de mettre en lumière un certain nombre de paramètres associés à ce processus, et nous nous intéresserons ici à certains d’entre eux qui sont particulièrement récurrents dans la littérature : la hausse fréquentielle, la réduction, l’évolution sémantique, la mise en arrière-plan, l’obligatorification et la dé-catégorisation (Mélac 2014). À partir d’une définition restreinte de la grammaticalisation, il sera ensuite proposé une taxonomie du changement linguistique en six catégories : la lexicalisation, l’idiomatisation, la constructionnalisation, la cooptation, la grammaticalisation et la syntaxisation.

Références
Campbell, L., 2001. Grammaticalization : A critical assessment. Pergamon Press.
Haspelmath, M., 2004. On directionality in language change with particular reference to grammaticalization. Typological Studies in Language, 59, pp.17-44.
Lehmann, C., 1995 (1982). Thoughts on Grammaticalization. Munich : LINCOM Europa. (Originally : Institute für Sprachwissenschaft, Universität zu Köln, 1982.)
Mélac, É., 2014. L’évidentialité en anglais-approche contrastive à partir d’un corpus anglais-tibétain (Doctoral dissertation, Paris 3).
Narrog, H., & Heine, B. (Eds.), 2011. The Oxford handbook of grammaticalization. Oxford University Press.
Newmeyer, F.J., 2000. Deconstructing grammaticalization. Language sciences, 23 (2), pp.187-229.
Norde, M., 2000. Deflexion as a counterdirectional factor in grammatical change. Language Sciences, 23 (2), pp.231-264.
Norde, M., 2009. Degrammaticalization. Oxford University Press.Prévost, S. 2003. La grammaticalisation : unidirectionnalité et statut. Le Français Moderne - Revue de linguistique Française, CILF (conseil international de la langue française), 2 (71), p. 144-166.
Ziegeler, D., 2004. Redefining unidirectionality Is there life after modality ? In : Olga Fischer, Muriel Norde and Harry Perridon, Up and Down the Cline : The Nature of Grammaticalization. Amsterdam : Benjamins, pp.115-36.