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Archivage séminaires 2016-2017

18 septembre 2016

Lundi 12 septembre 2016, en salle Jourda de 17h à 18h 30

Claire Kramsch, professeur honoraire de l’université de Berkeley
« Symbolic power and conversational inequalities in intercultural encounters »

Résumé
By using a post-structuralist discourse approach, we eschew the tendency in intercultural communication studies to essentialize culture and to reduce it to structural, national characteristics. Instead we strive to underscore the subjectivity of meaning-making practices, their relationality and their historical contingency. We explore not only how cultural differences and similarities are discursively constructed in interactions, but how their construction, reproduction and contestation are part of a larger symbolic power game in which we are all imbricated.
We discuss the general role that symbolic power plays in intercultural communication research and practice. The three questions are :

  • How is symbolic power defined and constituted in intercultural communication ?
  • How does power inequality impact the way language is used and vice versa ?
  • What is the most appropriate research approach to studying the workings of power in intercultural communication ?

Lundi 17 octobre 2016, en salle Jourda de 15h à 17h

  • Slim Ouni, maître de conférences à l’université de Lorraine
  • « Parole audiovisuelle : pour faciliter la communication parlée »

Résumé
La communication parlée est par essence bimodale. Le signal acoustique véhicule la modalité auditive, et l’image la modalité visuelle et gestuelle (déformations du visage). Dans ce séminaire, je présente nos travaux récents qui portent sur la synthèse de la parole audiovisuelle. Notre objectif à long terme est d’aboutir à un système de tête virtuelle 3D parlante qui est intelligible et réaliste. Je présente les techniques d’acquisition des données visuelles et acoustiques qui sont utilisées pour la modélisation de la parole audiovisuelle.

Jour et horaires modifiés :
Jeudi 3 novembre, à partir de 17h15 en salle E 025

  • Guylaine Martel, professeur à l’université de Laval (Québec)
  • « L’ethos de leader politique - Une étude de la coconstruction discursive de l’image médiatique des politiciens dans les médias »

Résumé
Appliquée à la communication médiatique, l’approche interactionniste du discours a permis de reconnaître et de décrire de nombreux mécanismes et procédés qui participent à la construction de l’image publique des politiciens et, de ce fait, d’aborder la difficile question de leur performance communicationnelle. Après l’étude des contraintes et attentes qui balisent le comportement des politiciens lors de leurs apparitions dans différents contextes médiatiques (débats, entrevues d’information, talk shows) et l’analyse des représentations identitaires (professionnelles et personnelles) qui contribuent à les établir dans leur rôle de politicien, la présente réflexion vise à saisir la notion de leadership politique à travers les stratégies discursives des chefs de partis. Fortement ancrée sociohistoriquement, la construction de l’ethos de leader portera plus spécifiquement sur la capacité des politiciens à témoigner de leur transparence et de leur authenticité, deux valeurs qui sont au cœur des récentes campagnes électorales québécoises.
Guylaine est linguiste, spécialiste d’analyse du discours politique au département d’information-communication de l’université Laval (Québec). Travaillant sur les constructions de l’image médiatique des politiciens (notamment sur les réseaux sociaux) et sur la mise en scène (notamment télévisuelle) de l’information, elle est fondatrice du laboratoire sur les stratégies de communication à l’oral (Lab-O) et participe activement aux travaux du Groupe de recherche en communication politique (U. Laval). Elle est par ailleurs l’une des membres co-fondatrices du réseau « Français parlé dans les médias ».

Lundi 14 novembre 2016, en salle Camproux de 14h à 17h30

  • Françoise Rigat, Université de la Vallée d’Aost, Département Sciences humaines et sociales
  • « Dans les musées, quelle médiation “culturelle” pour les visiteurs étrangers ? »

Résumé
On abordera la traduction de l’écrit d’aide à la visite dans les expositions d’art (panneaux, fiches de salle, étiquette, dépliant, etc.). Le but de notre exposé est, au-delà de la question proprement linguistique de la traduction, d’interroger les liens entre médiation et interculturalité. Car s’il est indéniable que, pour l’institution muséale, parler la langue de l’autre favorise le rapprochement du visiteur, il nous faut questionner le type de rapport à l’Autre qui est instauré dans ces dispositifs de médiation et la manière dont ils le rendent « lisible ».
On se penchera d’abord, sur quelques aspects de la langue-culture qui rendent l’écrit opaque et nécessitent une adaptation, une négociation dirait Umberto Eco, entre le texte source et le texte d’arrivée si l’on veut qu’il soit véritablement compris par le visiteur étranger. Car celui-ci est certes un amateur, un visiteur idéal et imaginé, mais également un touriste, comme on l’oublie trop souvent, c’est-à-dire un visiteur culturellement différent qui souhaite en quelque manière « s’enrichir » et entrer en contact avec la culture du pays qu’il visite.
Ensuite, on montrera que la médiation dans le musée ne saurait en effet être seulement didactique et valorisation de l’objet mais qu’elle doit tenir compte de l’expérience, du savoir du visiteur et, dans notre cas, du visiteur étranger. On relèvera sur ce point l’autarcie culturelle de l’écrit (l’expression est de l’anthropologue italienne Annamaria Rivera) qui ramène - voire magnifie - tout à ses propres valeurs, à sa propre culture et contourne les différences de sensibilité. Malgré l’ONU reconnaissant la diversité culturelle à l’échelle mondiale depuis 2002, les textes en effet choisissent les convergences et les valeurs communes, encourageant de ce fait l’universalisation de l’interprétation artistique et l’homogénéisation des cultures.
Or selon nous, la médiation dans les musées peut être attentive à la différence des cultures sans pour autant tomber dans les passions identitaires. Il s’agit donc de repenser aujourd’hui l’écrit expographique proposé au visiteur étranger dans la relation d’altérité, pour que l’écrit devienne véritablement un lieu de connaissance et de partage du savoir.

  • Elwys de Stefani, professeur de linguistique italienne à la KU Leuven, directeur du centre de recherche MIDI (Multimofality, Interaction & Discourse)
  • « La construction des identités dans les visites guidées : le positionnement spatial et interactionnel des participants »

Résumé
Les visites guidées constituent un terrain de choix pour l’étude de l’interaction en mobilité, tout en permettant d’analyser la manière dont les participants négocient leurs identités et leur expertise dans ce contexte. Dans la première partie de cette présentation, nous nous focalisons sur l’organisation de la mobilité dite collective. Les visites guidées se caractérisent par une alternance entre déplacements conjoints des participants et phases d’interaction à l’arrêt (De Stefani 2010, 2013). Cette organisation de la visite guidée selon un principe stop-and-go est un accomplissement interactionnel. Ainsi, nous nous proposons d’analyser comment les participants réalisent la transition de l’interaction « en mouvement » à l’interaction « à l’arrêt » et vice-versa. Cette transition s’accomplit à travers une réorientation collective des participants qui adoptent un positionnement appelé F-Formation par Kendon (1990). Toutefois, le déplacement et la réorganisation spatiale des participants ne se font pas au hasard mais en accord avec l’environnement et l’objet qui sera au centre des explications du guide. Par exemple, certaines infrastructures spatiales (rues, obstacles, endroits étroits) et éléments de l’environnement (visibilité réduite, etc.) peuvent influencer la manière dont les participants se positionnent et se réorganisent.
La deuxième partie de cette intervention se penche sur les catégories sociales que les participants rendent pertinentes pendant les visites guidées (De Stefani & Mondada 2014, sous presse). À première vue, la distinction catégorielle entre « guide » et participants « guidés » paraît évidente. Néanmoins, l’analyse de nos données permet de voir que d’autres catégories entrent en ligne de compte. Par exemple, les guides peuvent aborder les touristes comme des « adultes », des « étudiants », des « locaux » etc. De leur côté, les touristes peuvent s’afficher comme des « experts » sur certains sujets ou rendre pertinentes certaines catégories institutionnelles, comme lorsque des « enseignants » accompagnent des écoliers lors d’une visite guidée. L’identité a souvent été perçue – tant au sens commun que dans les travaux antérieurs sur la question – comme une combinaison de caractéristiques propres à une personne. Cette vision est remise en question par des approches socio-constructivistes et éthnométhodologiques, ainsi que par l’analyse conversationnelle (Garfinkel 1967 ; Sacks 1992), qui expliquent que l’identité ne peut pas être réduite à une dimension statique. À l’aide de sa Membership Categorization Analysis, Sacks (1972) a montré comment les pratiques interactionnelles des participants sont liées aux catégories sociales qu’ils rendent pertinentes in situ. En d’autres termes, les catégories sociales ne sont jamais définitives mais continuellement accomplies dans et par l’interaction. Ainsi, les participants peuvent défier l’autorité et l’expertise du guide – souvent considérées comme acquises. C’est précisément sur ces moments interactionnels que porte la deuxième partie de cette présentation. Nous offrons une analyse détaillée de la manière dont les participants se disputent l’autorité épistémique en montrant comment ces conflits émergent et comment ils sont ensuite résolus. L’analyse se base sur un corpus vidéo de six visites guidées en italien récoltées dans différents contextes (musées, châteaux, villes) en Suisse et en Italie (Bellinzona, Milan, Naples). Ces données sont analysées selon les principes et les outils de l’analyse conversationnelle et de l’analyse interactionnelle.

Références
De Stefani, E. (2010) Reference as an interactively and multimodally accomplished practice. Organizing spatial reorientation in guided tours. In : Pettorino M., Giannini A., Chiari I., Dovetto F. (éds.), Spoken Communication. Newcastle : Cambridge Scholars Publishing, 137–170.
De Stefani, E. (2013) Rearranging (in) space : On mobility and its relevance for the study of face-to-face interaction. In : Auer P., Hilpert M., Stukenbrock A., Szmerecsanyi B. (éds.), Space in Language and Linguistics. Geographical, Interactional, and Cognitive Perspectives. Berlin/Boston : De Gruyter, 434–463.
De Stefani, E. & Mondada, L. (2014) Reorganizing mobile formations : When “guided” participants initiate reorientations in guided tours. Space & Culture, 17 (2), 157–175.
De Stefani, E. & Mondada, L. (sous presse) Who’s the expert ? Negotiating competence and authority in guided tours. In : Van De Mieroop D., Schnurr S. (éds.), Identity Struggles. Evidence from Workplaces around the World. Amsterdam/Philadelphia : John Benjamins.
Garfinkel, H. (1967) Studies in Ethnomethodology. Englewood Cliffs NJ : Prentice-Hall.
Kendon, A. (1990) Conducting Interaction. Patterns of Behavior in Focused Encounters. Cambridge : Cambridge University Press.
Sacks, H. (1972) An initial investigation of the usability of conversational data for doing sociology. In : Sudnow D. (éd.), Studies in Social Interaction. New York : The Free Press, 31–74.
Sacks, H. (1992) Lectures on Conversation. Oxford : Basil Blackwell.

Lundi 23 janvier 2017, salle Jourda de 14h à 16h

  • Meri Larjavaara, professeure au Département de Langue et littérature françaises de l’Université de Åbo Akademi (Finlande)
  • « La construction actancielle comme ressource sémantico-pragmatique : de la typologie à l’usage »
    Meri Larjavaara

Résumé
Le sens que l’on peut relier à la construction transitive du point de vue typologique a fait couler beaucoup d’encre. De l’approche exclusivement sémantique (Hopper & Thompson 1980) à une vue nécessairement syntaxique (Lazard 1994, Kittilä 2002, Næss 2007), les chercheurs proposent une combinaison de différents traits sémantiques : entre autres, agentivité du référent du sujet, caractère affecté du référent de l’objet, realis du procès.
Il s’agit dans la présente intervention de faire refléter la construction transitive sujet-verbe-objet du français contemporain sur ce que l’on sait sur la transitivité sémantique en typologie. Malgré la fréquence élevée de cette construction, il a été suggéré qu’il existe un sens transitif. Je comparerai des paires de constructions, où une construction transitive peut être mise en parallèle avec une construction non transitive (oblique ou intransitive), et serai particulièrement intéressée par des cas où le locuteur a fait un choix de construction non standard. Il semble effectivement que le français contemporain utilise la construction transitive comme une ressource sémantico-pragmatique et cela surtout pour exprimer l’agentivité.

Bibliographie
Hopper, Paul J. & Sandra A. Thompson 1980 : « Transitivity in grammar and discourse », Language 56. P. 251–299.
Kittilä, Seppo 2002 : Transitivity : towards a comprehensive typology, Yleisen kielitieteen julkaisuja 5, Turun yliopisto, Turku.
Larjavaara, Meri 2000 : Présence ou absence de l’objet : limites du possible en français contemporain, Humaniora 312, Annales Academiæ Scientiarum Fennicæ, Academia Scientiarum Fennica, Helsinki.
Larjavaara, Meri 2016 : « The semantic motivation of non-canonical predicative relations : the French transitive construction », Atypical predicate-argument relations, éd. Thierry Ruchot & Pascale Van Praet, Lingvisticæ Investigationes Supplementa 33, John Benjamins, Amsterdam - Philadelphia. P. 163–179.
Lazard, Gilbert 1994 : L’actance, Presses Universitaires de France, Paris.
Næss, Åshild 2007 : Prototypical transitivity, John Benjamins, Amsterdam - Philadelphia.

Lundi 30 janvier 2017, salle Jourda de 14h à 16h

  • Bertrand Verine, Praxiling, université Paul Valéry de Montpellier 3
  • « La « nuit » et le « noir », clichés métaphoriques de la cécité »

Résumé
Une observation quelque peu attentive des discours et des pratiques du secteur typhlophile français révèle la persistance, dans la longue durée, de la métaphore de la nuit, plus récemment relayée par celle du noir, pour signifier, ensemble ou tour à tour, la perception du monde sans la vue et les désavantages qui en découlent. Pourtant, il n’existe pas, à ma connaissance, de travail sur la nuit et le noir comme métaphores de la cécité dans cette formation discursive. Je présenterai ici un cadrage très général de la problématique et quelques pistes d’étude. L’analyse de corpus montre que la nuit et le noir sont des métaphores visuelles qui ne disent quelque chose de la cécité que pour des locuteurs et des destinataires récemment, partiellement ou provisoirement privés de vue. Le retravail de ces métaphores par certains scripteurs permet d’esquisser la description de ce qui semble être les deux tendances de la formation discursive typhlophile : d’un côté, trouver ou retrouver la lumière absente ; de l’autre, exister en dehors du voir, donc en dehors de l’opposition entre lumière et nuit.

  • Sascha Diwersy et Giancarlo Luxardo, Praxiling, université Paul Valéry de Montpellier 3
  • « Mettre en évidence le temps lexical dans un corpus de grandes dimensions : l’exemple des débats du Parlement européen »

Résumé
L’École française d’analyse du discours a appliqué au traitement des corpus textuels deux principales méthodes empruntées à l’analyse de données multivariée : l’analyse des spécificités lexicales et l’analyse factorielle des correspondances (AFC). Ces méthodes sont également utiles pour l’étude de corpus ordonnés suivant une variable chronologique, quand l’objectif est de faire ressortir l’évolution d’un «  temps lexical  », mais avec la prise en compte de certaines contraintes. Dans une perspective complémentaire, nous présentons un procédé de classification spécifiquement adapté à ce type de corpus : la classification ascendante hiérarchique par contiguïtés (CAHC), introduite par Gries & Hilpert (variablility-based neighbour clustering, 2008 ; 2012) comme outil de périodisation dans le domaine de la linguistique de corpus diachronique. Cette méthode de classification est appliquée au traitement d’un corpus volumineux, celui des interventions en séance plénière au Parlement européen entre 1996 et 2011. A titre d’exemple, nous étudions la variation chronologique concernant l’usage du mot civilisation, tel qu’il se manifeste à travers ses inventaires collocationnels partitionnés par année. Nous observons que la méthode permet de mettre en évidence un point de basculement principal correspondant à l’année 2001. Il coïncide avec l’émergence d’un champ lexical cooccurrentiel indiquant une référence dialogique à la formule « choc des civilisations ». De façon symétrique, la collocation « civilisation européenne », présente avant 2001, suit une évolution opposée. Enfin, nous envisageons comment intégrer une deuxième variable  : l’orientation politique des orateurs compris dans le corpus.

Bibliographie
Gries, S.T., Hilpert, M. (2008). The identification of stages in diachronic data : variability-based neighbour clustering. Corpora 3 (1), pp. 59-81.
Gries, S.T., Hilpert, M. (2012). Variability-based neighbor clustering : a bottom-up approach to periodization in historical linguistics, in : Nevalainen, T., Traugott, E. (eds.), The Oxford handbook of the history of English, Oxford : Oxford University Press, pp. 134-144.

Lundi 20 février 2017, salle Jourda de 14h à 17h

  • Jacques Bres & Christel Le Bellec (Praxiling/Université Paul-Valéry Montpellier 3)
  • « Du participe passé : valeur en langue et fonctionnements en discours »

Résumé
Comment se fait-il que, dans les vers de Rimbaud :
Elle est retrouvée. / Quoi ? L’éternité. / C’est la mer allée /avec le soleil. (A. Rimbaud, Une Saison en enfer)
retrouvée soit de sens passif et que allée soit de sens actif ... alors que ces deux participes passés, lorsqu’ils sont conjugués, le sont avec l’auxiliaire être : elle est retrouvée, elle (est) allée ? Comment se fait-il que malgré cette différence de sens, ces deux p.p. s’accordent (en genre et en nombre comme un adjectif) avec le sujet ? Pourquoi conjugué avec avoir, le p.p. ne s’accorde pas avec le sujet (Corinne a bien dormi), mais avec l’objet si celui-ci est antéposé (Corinne que j’ai tant aimée) ? Pourquoi le p.p. peut-il se conjuguer, selon le cas, avec l’auxiliaire avoir et/ou être ? Pourquoi le p.p. des verbes intransitifs peut-il s’employer nu pour certains (arrivée le matin, Corinne repartit le soir même), et pas pour d’autres (*bien dormie, Corinne se leva guillerette), mais pour ce faire doit être obligatoirement précédé de l’auxiliaire avoir au p. présent (ayant bien dormi, Corinne se leva guillerette) ?
Autant de questions qui renvoient à des faits rebattus, qui, pour certains, font l’objet du difficile apprentissage orthographique scolaire, et peuvent paraître des servitudes d’un autre âge, qu’un bon vent de réforme se devrait de balayer sans état d’âme – du (participe) passé, faisons table rase...–. La grammaire décrit ces faits mais à notre connaissance ne les explique pas, ou pas vraiment. L’objet de cet article est de tenter de les rendre à raison. Pour ce faire, nous prendrons appui sur les propositions de G. Guillaume (1929, 1964), retravaillées dans la perspective anthropologique de la praxématique (Lafont 1967, 1978), qui met en relation la langue avec l’agir, et analyse les éléments linguistiques comme des outils de production du sens, ce qui engage à distinguer le plan de la langue de celui du discours, les éléments de production de sens du (des) sens produit(s).
Notre hypothèse est la suivante : le p.p. relève du mode in posse (Guillaume 1929), comme l’infinitif et le p. présent. Il ne marque ni la personne ni le temps – l’inscription du procès dans une des trois époques passée, présente ou future – mais seulement l’aspect : il donne à voir le procès en détension, à savoir qu’il présente le temps interne du procès comme (activement) accompli. En reformulant cette analyse dans les cadres néo- reichenbachiens de notre approche (Azzopardi et Bres 2016), nous dirons qu’en langue, l’instruction aspectuelle du p.p. demande de faire coïncider le point de référence R avec la borne terminale de l’intervalle Ei- Et de la phase processuelle du procès, soit R=Et.
Cette analyse de l’aspect du p.p. en langue comme R=Et nous semble permettre d’expliquer l’ensemble des emplois en discours du p.p., et de répondre aux questions sus-mentionnées.

  • Maud Verdier (Praxiling/Université Paul-Valéry Montpellier 3)
  • « Comédiens au travail - une anthropologie linguistique de l’activité de création théâtrale »

Résumé
La présentation vise à cerner les processus de création des œuvres théâtrales au sein de structures accueillant des acteurs en situation de handicap mental.
S’agissant de mettre en lumière les enjeux artistiques du handicap dans la création, la recherche fait une place de choix aux dispositifs artistiques dans le champ de la création contemporaine où les personnes en situation de handicap tendent désormais à jouer un rôle de premier plan, quittant les pratiques d’amateur ou de développement personnel auxquelles elles ont longtemps été confinées, pour collaborer avec des metteurs en scène et des acteurs du monde ordinaire, et acquérir ainsi un statut d’artiste professionnel.
En nous associant aux activités de la troupe de théâtre d’un Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT) par le biais de l’observation des interactions lors du travail de création qui est fait en amont avec le metteur en scène, des répétitions et des performances publiques, on s’attache à expliciter la nature des relations, au sein de l’institution, entre le metteur en scène et les comédiens.

Lundi 27 février 2017, amphithéâtre de la délégation du CNRS de 14h à 16h

Le CEFE et le laboratoire Praxiling organisent un séminaire lundi 27 février, dans l’amphithéâtre de la délégation du CNRS. L’objectif de cette rencontre est d’exposer des recherches réalisées en linguistique et en écologie, afin d’explorer les liens et complémentarités entre ces deux disciplines.

  • Ouverture du séminaire par Agnès Steuckardt, directrice de Praxiling, et Richard Joffre, directeur du CEFE
  • « La linguistique et ses applications en écologie. Exemple de l’analyse des expressions justice écologique et justice sociale dans la presse francophone. » Agnès Steuckardt
  • « Approches intégrées en biologie de la conservation : retour historique sur la Camargue Gardoise. » Raphaël Mathevet
  • « Quand les médias parlent du loup : une approche à l’interface des statistiques et de la linguistique pour analyser le traitement de la controverse liée à la présence du loup dans la presse française régionale et nationale, de 1992 à 2014 ». Marie Chandelier, Olivier Gimenez

L’amphithéâtre de la délégation du CNRS est situé sur le campus route de Mende du CNRS, à proximité de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 - voir ici.

Lundi 6 mars 2017, salle Jourda de 16h30 à 17h45 (Attention à la modification de l’horaire)

  • Ronny Scholz, Coordinateur du projet ERC DISCONEX, Université de Warwick, Royaume-Uni
  • « La légitimation discursive des politiques nationales sous l’influence transnationale »

Résumé
Partant de la théorie de discours de Laclau/Mouffe (1985) sur les hégémonies discursives sous l’implication des signifiants flottants, j’analyse la conceptualisation des notions à l’origine de la politique supra et transnationale dans les différents contextes nationaux. L’objectif est d’étudier la construction discursive des croyances en la légitimité (Weber 1922) de la politique nationale dans l’ère post-nationale (Habermas 2000). À cette fin, j’utilise des méthodes lexicométriques en tant qu’une heuristique quantitative.
Lors de la présentation, je présenterai quelques exemples d’études lexicométriques notamment sur la notion d’« Europe » dans les programmes électoraux français, allemands et britanniques – la notion de « crise financière » dans la presse allemande – et la notion de « processus de Bologne » dans la presse allemande et française (Scholz 2016, Scholz and Angermüller 2013).

Références
Habermas, Jürgen. 2000. Après l’Etat-nation, une nouvelle constellation politique. Paris : Fayard.
Laclau, Ernesto, and Chantal Mouffe. 1985. Hegemony and Socialist Strategy. Towards a Radical Democratic Politics London : Verso.
Scholz, Ronny. 2016. « Towards a post-material prosperity ? An analysis of legitimising narratives in German crisis discourses from 1973 and 2008. » French Journal for Media Research [online] 5 (Narratives of the Crisis/Récits de crise).
Scholz, Ronny, and Johannes Angermüller. 2013. « Au nom de Bologne ? Une analyse comparative des discours politiques sur les réformes universitaires en Allemagne et en France. » Mots. Les langages du politiques 102:22-36.
Weber, Max. 1922. Wirtschaft und Gesellschaft Tübingen : Mohr.

  • Alessandra Del Ré (Université d’Araraquara, Brésil) & Christelle Dodane (Praxiling) nous présentent l’exposition « L’Enfant dans la Langue : Pas à Pas »

Résumé
Il s’agit d’une exposition itinérante à destination d’un public non spécialisé, qui présente les différentes phases de l’acquisition du langage chez l’enfant, des premières vocalisations aux énoncés complexes. Elle invite le public à se plonger dans l’univers encore mystérieux des productions enfantines et lui propose un parcours chronologique qui le conduit, pas-à-pas, à travers les différentes étapes qui jalonnent le développement du langage. Ces différentes phrases sont décrites sur des panneaux avec des illustrations photographiques, audio et vidéo des enfants de nos corpus. L’exposition se focalise également sur certaines thématiques importantes dans le domaine de l’acquisition du langage, telles que le langage adressé aux enfants, le bilinguisme, l’humour, la multimodalité, l’argumentation, etc. Cette exposition résulte d’un partenariat entre l’Université Paul Valéry Montpellier 3, l’UNESP d’Araraquara au Brésil, le Consulat de France à São Paulo, l’ITIC de Montpellier et le laboratoire PRAXILING. Grâce à cette exposition, nous tentons de répondre aux questions les plus fréquentes que pourraient se poser les parents, les professeurs, les pédagogques et toute personne qui s’intéresse à la petite enfance.

Lundi 20 mars 2017, salle Jourda de 14h à 16h

  • Arjuna Tuzzi, Associate Professor of Statistics for the social sciences at the Department of Philosophy, Sociology, Education and Applied Psychology (FISPPA), University of Padova, Italy.
  • « Authorship Attribution and Text Clustering : who is Elena Ferrante ? »

Résumé
When dealing with authorship attribution (AA), famous cases of disputed authorship naturally come up to one’s mind : who wrote William Shakespeare’s works ? Is Corneille really hiding behind Molières signature in certain successful comedies ? Why does Joanne Rowling write under the pen name of Robert Galbraith ? And, in Italy, what is Elena Ferrante’s real identity ?
Style is determined by both words and syntactic structures that a writer decides to use – either consciously or unconsciously - when drafting his or her text and AA methods are called upon to reveal the “author’s hand”. However, the relevant literature includes hundreds of different proposals (Rudman 1998, Koppel et al. 2008, Stamatatos 2009) and no particular approach seems to be preferable in absolute terms : the choice of one method or another is heavily dependant upon the text type and the objectives of the analysis. Furthermore, at present AA may be considered an – albeit partially – unchartered strain of research because no standard parameters and protocols are available to compare and contrast results achieved according to different procedures (Juola 2015).
In quantitative approaches, AA is often dealt with as a question regarding the measure of the similarity of (or distance between) two texts, as in the particular case of text clustering. In previous works we have endeavoured to contribute to the debate on AA testing, improve Labbé’s intertextual distance (Cortelazzo et al. 2012, 2013) and propose new graphic representation modes to compare the results of different measuring methods (Tuzzi 2010). However, we have so far tested different methods on texts whose authors were known. This new analysis deals with a corpus of contemporary novels written in Italian and introduces the following novelties : (1) limited time span ; (2) increased number of novels by the same author ; (3) focus on a famous Italian case of disputed authorship (Elena Ferrante).

Lundi 15 mai 2017, salle Jourda de 14h à 16h

Corinne Rossari, professeure à l’université de Neuchâtel
« Sens modal et sens concessif des formes épistémiques dans le cadre d’une approche quantitative et qualitative »
Résumé
Les formes épistémiques peuvent prendre différentes valeurs selon les contextes dans lesquels elles sont employées. Par exemple l’adverbe peut-être a une valeur épistémique dans un exemple comme Paul est peut-être malade et une valeur concessive dans un exemple comme Je suis peut-être une femme, mais je sais changer une roue de voiture. A priori ces deux sens semblent ne rien partager : dans le premier exemple, peut-être exprime une incertitude sur un état de choses, alors que dans le second aucun doute ne peut être émis sur l’état de choses exprimé par l’énoncé. Pour appréhender ces différents sens, nous utilisons un modèle d’analyse à trois niveaux (sémantique, énonciatif et rhétorique) ainsi qu’une méthodologie prenant en compte une étude qualitative fondée sur les propriétés distributives des formes, associée étroitement à une méthode quantitative permettant d’évaluer les fréquences relatives de ces formes ainsi que leur propension à intervenir dans certaines structures ou en cooccurrences avec d’autres formes. Nous verrons que les deux sens exemplifiés par peut-être sont le résultat d’une même indication s’activant à différents niveaux et, dans le cadre d’une approche quantitative, les raisons qui font qu’en français c’est peut-être et non d’autres adverbes épistémiques comme probablement ou vraisemblablement qui peut prendre une valeur concessive.