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Séminaires Praxiling 2017-2018

18 mars 2018

Mardi 29 Mai

Laurence Durroux, professeur des universités, Université de Grenoble-Alpes.
« Quelques spécificités du langage chez des enfants sourds profonds porteurs d’implants cochléaires : prédication et prépositions »

Résumé
La surdité profonde bilatérale et prélinguale diagnostiquée chez un tout jeune enfant donne lieu au choix parental entre une langue signée, une langue orale, voire le bilinguisme. Nous nous intéressons aux cas des enfants qui communiquent par une langue orale – en l’occurrence le français ou l’anglais, après une implantation cochléaire. Désormais les implantations s’effectuent de plus en plus tôt, parfois autour de 9-12 mois, limitant ainsi la durée pendant laquelle l’enfant n’a pas accès à la parole. Nous nous intéressons aux répercussions sur le langage que cette période sans audition pourrait avoir, sachant que les perceptions sensorielles contribuent grandement à l’établissement des conceptions ou représentations d’ordre cognitif, mises en œuvre dans le langage (cadre théorique de la linguistique cognitive, cf. Lakoff, Langacker, Talmy, Lapaire). De quelle nature sont ces répercussions ? Nous observerons plus particulièrement l’activité de mise en relation (Vincent-Durroux 2017), pour évaluer en quoi elle présente des spécificités chez les sourds profonds. Pour cela, dans un corpus oral recueilli auprès d’enfants et d’adolescents porteurs d’un implant et âgé de 3 à 15 ans, nous étudierons la prédication et les prépositions, formes au « caractère relationnel inhérent » dont l’emploi requiert l’existence ou la présence d’une autre unité (Croft 1991 : 62-63). Nous montrerons que les spécificités relevées pourraient être attribuées à des particularités d’ordre cognitif (Bourdin 2016), concernant la mémoire phonologique dans le cas de la prédication, et les représentations spatio-temporelles dans le cas des prépositions.

Références
Bourdin B., Ibernon L., Le Driant B., Levrez C. & Vandromme L. (2016). Troubles morphosyntaxiques chez l’enfant sourd et chez l’enfant dysphasique : similarités et spécificités. Revue de Neuropsychologie, Neurosciences cognitives et cliniques, 8 (3), 161-172.
Croft W. (1991). Syntactic Categories and Grammatical Relations. The Cognitive Organization of Information. Chicago : University of Chicago Press.
Langacker R. (2008). Cognitive Grammar. A Basic Introduction. Oxford : Oxford University Press.
Lapaire J.-R. (2017). « Grammaire cognitive des prépositions : épistémologie et applications », Corela, HS-22 | 2017, URL : http://corela.revues.org/5003 ; DOI : 10.4000/corela.5003
Vincent-Durroux L. (2017). « La mise en relation par la prédication et les prépositions en anglais : complémentarité, convergences et différences dans quelques approches théoriques », in Vincent-Durroux L. (dir.) Prédication et prépositions en anglais : la mise en relation au prisme de différentes approches linguistiques, CORELA volume hors-série 22, https://corela.revues.org/4988

Kerry Mullan, Maître de Conférences et Coordinatrice de la Section de Langues, ainsi que membre du Social and Global Studies Centre dans la School of Global, Urban and Social Studies à l’Université de RMIT à Melbourne en Australie.
« Gratuit : un tas de feuilles mortes » : l’humour sur facebook

Résumé
Cette étude porte sur l’usage de l’humour dans des fils de discussion au sein d’un groupe Facebook de résidents d’un quartier urbain en Australie qui pour la plupart ne se connaissent pas en personne. L’objectif principal revendiqué par ce groupe Facebook est « de donner aux membres d’un quartier urbain de Melbourne l’opportunité de contribuer de façon positive aux vies des autres membres du groupe ». De ce fait, bon nombre de messages postés sont des demandes de renseignements, de recommandations de main d’œuvre locale, de baby-sitters ou de house-sitters, et/ou des offres d’articles gratuits. Cependant, de nombreux traits humoristiques apparaissent également tout au long de ces fils de discussion. Nous analyserons ces formes d’humour particulières et nous nous poserons la question « dans quelle mesure cet usage de l’humour peut-il contribuer au sentiment d’appartenance des membres de cette communauté ? »
Nous examinerons deux fils de discussion en particulier : l’un d’entre eux voulu au départ comme un message sérieux, l’autre comme d’emblée humoristique. Le message humoristique peut être considéré comme une « mise en boîte » des membres du groupe qui offrent des articles gratuits (pas toujours de haute qualité) en annonçant « gratuit : un tas de feuilles mortes ». Le message censé être sérieux au sujet d’une cuvette de toilettes fissurée s’est immédiatement transformé en un long enchaînement de jeux de mots.

Les deux fils de discussion contiennent de nombreuses contributions enthousiastes de divers membres du groupe, relevant de l’humour pince-sans-rire en ligne, (Holm 2017) ; du badinage, des taquineries, de la fausse impolitesse, (Haugh 2017 ; Haugh and Bousfield 2012) ; et de la co-construction de l’humour absurde, dit « fantaisie » (Hay 2001). Tous ces traits ont déjà été identifiés comme étant particulièrement prisés des Australiens (Béal and Mullan 2013, 2017 ; Goddard 2017). Afin d’analyser ces fils humoristiques, nous emploierons une combinaison de diverses approches théoriques et méthodologiques, telles que la pragmatique, l’analyse du discours, l’analyse de conversation (CA), ainsi que le modèle de classification du discours en ligne de Herring (2004).

Outre ces deux fils, de nombreuses références humoristiques (dans des fils différents) à certains thèmes récurrents dans le groupe - par exemple un plombier particulièrement renommé du quartier et une résidente qui demande régulièrement si quelqu’un peut l’emmener en voiture à l’aéroport - semblent créer des sentiments positifs à l’égard du groupe et encouragent un sentiment d’appartenance de la part des membres. Ceci indiquerait, comme le dit Marone dans son étude d’une communauté en ligne d’amateurs de jeux vidéo (2015 : 61), que « l’humour émerge comme une » colle protectrice « dynamique qui élabore/structure et soutient les interactions dans la communauté ».

Références
Béal, C. & Mullan, K. 2017. The pragmatics of conversational humour in social visists, French and Australian English. Language and Communication 55, 24-40.
Béal, C. & Mullan, K. 2013. Issues in conversational humour from a cross-cultural perspective : comparing French and Australian corpora in in Béal, Mullan, Peeters (éd.), Cross-culturally Speaking, Speaking Cross-culturally, Cambridge Scholar Press.
Goddard, C. 2017. Ethnopragmatic perspectives on conversational humour, with special reference to Australian English. Language and Communication 55, 55-68.
Haugh, M. 2017. Teasing. In S. Attardo (ed.), Routledge Handbook of Language and Humour. New York : Routledge.
Haugh, M. & Bousfield, D. 2012. « Mock impoliteness, jocular mockery and jocular abuse in Australian and British English ». Journal of Pragmatics 44, 1099-1114.
Hay, J. 2001. The Pragmatics of Humor Support. Humor 14, 55-82.
Herring, S.C. 2004. Computer-Mediated Discourse Analysis : An approach to researching online behaviour. In S. A. Barab, R. Kling, & J. H. Gray (eds.), Designing for Virtual Communities in the Service of Learning, 338-376. New York : Cambridge University Press.
Holm, N. 2017. Online Deadpan and the Comic Disposition. Paper presented at International Society for Humor Studies Conference, Montréal, juillet 2017.
Marone, V. 2015. Online humour as a community-building cushioning glue. European Journal of Humour Research 3 (1), 61-83.

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